Une dimension supplémentaire

Le Stéréorama mouvant de MM. Francovich et Gadan


Les environnements immersifs du XIXe siècle

Le Stéréorama mouvant de MM. Francovich et Gadan


 

Le spectateur, placé derrière la cloison, considère le paysage par les hublots F.
Le fond est peint sur un cylindre et les premiers plans sont constitués par des bandes B verticales parallèles.
L’ensemble, monté sur galets A, roule sur une voie circulaire

Gravure extraite de l’ouvrage l’Exposition du siècle de A. Quantin Source: us.archive.org

 


 

Illustration extraite du Scientific American Supplément No 1285 du 18 août 1900 – Source us.archive.org

 

« Le Stéréorama mouvant est au Trocadéro, englobé dans les « attractions de l’Algérie ». Entrez-y quelque jour,  et vous y reviendrez.
Une sorte de rotonde au plafond bas, dans la pénombre. Et au centre, au delà d’une série de loges obscures, comme celles des dioramas, du bleu éblouissant: le ciel vêtu d’aurore et déjà chaud, pourtant; la mer doucement scintillante, irisée de paillettes de soleil levant, où courent des barques haut voilées. Un port au lointain, blanc et rose, inondé de jeune lumière, et des steamers qui fument et dont la fumée se disperse dans le ciel, absorbée, bue par l’air léger: et ce n’est ainsi qu’un tableau, une fine et lumineuse aquarelle de la Méditerranée, d’un surprenant relief.
Mais soudain, tout s’anime: les lames de la mer, les lames d’un indigo intense, se soulèvent et halètent; les barques fuient à tire-d’aile, le ciel vibre, baigné d’une buée transparente, la lumière partout palpite, à la crête des flots qui moutonnent, à la pointe des mâts penchés, sur les fines antennes des bateaux, monte au ciel et l’incendie. Et, miracle! le port décroît au loin, et disparaît, la côte s’abîme derrière le cercle tremblotant de l’horizon. Les grands souffles du large caressent à présent des vagues argentées où se reflète l’aveuglante clarté du ciel torride, chauffé à blanc. C’est la pleine mer, illimitée. La rétine s’est accoutumée aux dimensions restreintes du spectacle; elle embrasse l’immensité, et les poumons se dilatent, grands ouverts à la brise vivifiante. Jamais illusion ne fut plus complète, plus impérieuse. On glisse d’une vitesse lente, régulière, et le tic tac du moteur à gaz qui donne à tout cela la vie, ajoute à la sensation de marche, simule le halètement saccadé de la machine.
Par le sabord béant, on contemple la course des vapeurs qui passent avec un bruissement doux, on guette l’approche du port, de la blanche Alger entrevue au passage, torpide, dans l’embrasement de l’atmosphère.
Puis voici de nouveau, salissant le bas du ciel, traînant au ras de la mer écumeuse, des fumées rousses, puis noires, des bateaux: une escadre piquant vers un but inconnu. Puis des côtes dorées, roses et bleues qui montent, montent, laissent apercevoir à leurs flancs des havres, des criques, des villes, des hameaux. Tout le rivage algérien défile lentement sous nos yeux de voyageurs enchantés, grisés de lumière et de couleurs comme nos cerveaux de grand air.
Jusqu’au soir, nous voguons, bercés au branle caressant des vagues…
La nuit monte à l’Orient, verdâtre, violâtre; le port d’arrivée apparaît comme une lueur laiteuse au bas du firmament crépusculaire, où scintillent des phares qui s’allument. C’est l’escale, le repos, avec le regret, hélas! de toucher au but et de n’espérer plus rien, ni flammes radieuses, ni cantilènes des flots. N’est-ce pas que je n’ai rien exagéré, ô vous qui m’avez suivi là, et que nous reviendrons vers ce Stéréorama comme vers l’une des trouvailles les moins discutables de cette Exposition tout entière?— avec, peut-être, le trottoir roulant, cette joie des joies, qui remplace tout ce qui nous manque, çà et là, pour être gais. »

Extrait d’ Après Faillite, souvenirs de l’exposition de 1900 par Gustave Babin – Paris 1902
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 


« L’admirable Stéréorama mouvant du Trocadéro est en plein succès. Les pronostics enthousiastes portés sur cette attraction,  par tous les grands artistes parisiens, se trouvent confirmés par le public qui ne cesse d’affluer au Stéréorama. C’est absolument merveilleux ! Tel est le cri général. »

Extrait de l’hebdomadaire « Le monde artiste illustré » No 27 du 8 juillet 1900
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


« Au Stéréorama mouvant. — Le public parisien a dit et redit que le « Stéréorama mouvant » du Trocadéro, est le clou incontesté de l’Exposition. Les grands artistes et l’élite de la haute société parisienne qui ont défilé dans ses galeries, ont proclamé hautement la supériorité de cette attraction. Aujourd’hui le public de province et les étrangers ratifient ce jugement. Tous ceux qui n’ont pas encore vu le Stéréorama doivent y aller au plus vite. Ils verront là une chose nouvelle, unique, une invention qui a dorénavant et à jamais, porté un coup fatal aux anciens panoramas et dioramas de toutes sortes, dont personne ne se soucie plus. »

Extrait de l’hebdomadaire « Le monde artiste illustré » No 35 du 26 septembre 1900
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France