Une dimension supplémentaire

Le Palais des Illusions de M. Hénard & La multiphotographie


Les environnements immersifs du XIXe siècle

Le Palais des Illusions de M. Hénard


 

 

Le Palais des Illusions récemment ouvert au public, au Champ-de-mars, semble devoir être l’une des attractions lumineuses les plus originales et les mieux réussies de l’Exposition. Il comporte essentiellement une salle polygonale, dont les parois sont revêtues de glaces, qui se réfléchissent indéfiniment les unes dans les autres, donnant aux spectateurs l’illusion de se trouver dans une salle immense, somptueusement décorée (fig. 4), dont l’aspect change à tout instant, grâce à des jeux de lumière heureusement combinés.

 

 

  […] Construit sous la forme d’un polygone hexagonal régulier, particulièrement favorable aux réflexions multiples des jeux de lumière, le bâtiment se compose de deux murs concentriques (fig. 2 et 3), en maçonnerie, reliés simplement entre eux, sur toute leur hauteur de 40 mètres, du rez-de-chaussée à la toiture, par une série de planchers.

 

Le mur intérieur est […]  consolidé par des contreforts sur lesquels viennent se poser les parois proprement dites de la salle. Ces parois […]  comportent une voûte en staff portée par une série d’arceaux sous lesquels sont établis de grands panneaux, formés de glaces argentées […]. La salle, ainsi définie, est circonscrite en plan à un cercle de 11 mètres de rayon (fig. 3).
Les parois de glaces sont séparées les unes des autres par les demi colonnes qui portent les arcades du pourtour. Ces demi-colonnes sont faites de surfaces bombées d’environ un centimètre d’épaisseur, en opaline d’un ton laiteux. Les chapiteaux sont en staffs garnis de lampes à calottes émaillées renvoyant la lumière sur les parties en relief. La réflexion des demi-colonnes aboutit à une apparence de trois colonnes entières, isolées.
La coupole en staff est suspendue à une série de fermes rayonnantes, aboutissant, en plan, aux sommets d’un dodécagone régulier circonscrit au même cercle que l’hexagone de la salle.
Au point de vue de la décoration, la salle a été édifiée suivant le style des anciens édifices mauresques de l’Espagne. Elle est d’une tonalité générale riche et harmonieuse, et tous les décors sculptés sont dorés. […]

L’appareillage électrique intérieur de la salle comprend six grands lustres qui ne mesurent pas moins de 8 mètres de hauteur, et qui, vus du bas de la salle, ne paraissent pas mesurer plus de 3 à 4 mètres. Ces lustres servent à relier les motifs à incandescence, et à la partie inférieure de chacun d’eux est accrochée une étoile lumineuse, dont on peut faire varier les couleurs. […]

Parmi les principaux effets de lumière obtenus, nous citerons: les colonnes lumineuses, que les effets d’éclairage multicolores font passer par tous les tons des porphyres et des marbres; les portiques lumineux, donnant ensemble ou simultanément les trois couleurs bleu, blanc, rouge, agrémentés de six appliques également multicolores qui, en se réfléchissant, se multiplient indéfiniment; et enfin le grand lustre reliant six cordons de mille lampes par des motifs en style mauresque répondant au style même du Palais et qui, s’allumant tous instantanément, donnent l’illusion très originale d’un immense bouquet de feu d’artifice, au moment de l’allumage. […]

La salle des Illusions est due à l’initiative de M. Hénard, l’éminent architecte du Palais de l’Électricité, qui en a dressé les plans et dessiné les détails. Les staffs ont été exécutés par M. Alméras, sculpteur ornemaniste. Les installations électriques ont été faites par MM. A. et G. Martine, de Lille. Le système de suspension et de réglage des glaces, dont l’importance est très grande au point de vue de la multiplication correcte des images, a été spécialement étudié par M. Delloye, Directeur-adjoint de la Compagnie des Glaceries de Saint-Gobain. […] C’est M. H. Brûlé, Ingénieur des Arts et Manufactures, qui a exécuté les châssis de suspension des glaces.

Ch. DANTIN.

 

Le texte et les gravures sont extraits de la revue Le Génie Civil No 947 du samedi 4 août 1900 – Source gallica.bnf.fr / Ecole nationale des ponts et chaussées

La photographie est, quant à elle, extraite de l’ouvrage Le Panorama / Exposition universelle 1900 / publié sous la dir. de René Baschet / avec les photographies de Neurdein frères et Maurice Baschet. – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 


Les environnements immersifs du XIXe siècle

La multiphotographie


 

Les réflexions multiples sur des miroirs ont également inspiré un type de photographie assez prisé au XIXe siècle: la multiphotographie.

Ce n’est pas là, à proprement parler, un système particulier de photographie, et le matériel nécessaire n’est guère compliqué, puisque deux grands miroirs suffisent, et que les glaces de nos appartements sont assez parfaites pour permettre d’arriver au résultat cherché. Chacun sait, en effet, que lorsqu’une image est placée devant deux miroirs inclinés l’un vers l’autre sous un angle de 90″, trois images sont reflétées dans le miroir; avec un angle de 60°, il s’y produit cinq images, et avec une inclinaison de 45″, sept images; enfin, lorsque les miroirs sont parallèles, il en résulte, théoriquement, un nombre infini d’images.
Dans la multiphotographie, la production des effets susmentionnés est utilisée pour établir en une seule pose (ou exposition) une série de vues du même sujet, et différentes les unes des autres.
La personne qui doit être photographiée est assise de façon à tourner le dos à l’appareil, alors que la figure est placée en regard de deux miroirs inclinés à l’angle voulu, l’un vers l’autre, leurs bords intérieurs se touchant.

Dans la figure 19, ces miroirs font un angle de 72°. Les réflexions successives d’un miroir à l’autre font perdre un peu de lumière à chaque image; en outre, les images vont s’éloignant de plus en plus : il faut donc savoir se borner dans le nombre d’images à obtenir, et c’est pourquoi cette disposition à 72° est, dans la pratique, celle qui donne les meilleurs résultats. Il en résulte donc quatre images. La pose étant terminée, sur le négatif développé apparaissent non seulement la photographie du sujet vu de dos, mais également les quatre images réfléchies et présentant le sujet vu de profil et dans différentes positions trois quarts.

Le chemin, ou les directions prises par les rayons lumineux, sont déterminés par la loi d’après laquelle l’angle d’incidence est égal à l’angle de réflexion. Dans le diagramme {fig. 21), nous avons tracé les rayons de lumière de façon à indiquer le chemin qu’ils parcourent, du sujet au miroir, et de là à l’appareil photographique, donnant ainsi une idée claire de la relation des images par rapport au sujet, et des cinq images au plan focal, la position virtuelle des images étant plus éloignée de l’instrument photographique que ne l’est la personne en réalité.

 

 

Notre figure 20 représente un atelier disposé pour ce nouveau système de photographie, et les ligures 22 el 23 sont les reproductions de portraits multiples empruntés au Photographie Times et obtenus par ce procédé. II y a lieu de remarquer que ce procédé résout d’une manière extrêmement élégante le problème de la photographie multiple, parce qu’il n’exige aucun artifice en ce qui concerne la photographie proprement dite. […]

 

Le texte et les illustrations sont extraites de La photographie récréative et fantaisiste par C. Chaplot. Charles Mendel, éditeur, PARIS – Source: archive.org