Une dimension supplémentaire

Pierre-Luc-Charles Cicéri et les peintres décorateurs du XIXe siècle


Les environnements immersifs du XIXe siècle

Pierre-Luc-Charles Cicéri et les peintres décorateurs du siècle


 

Pierre-Luc-Charles Cicéri – Photographie de Nadar  [Entre 1856 et 1858] – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

… Achille Devéria, mêlé au mouvement artistique d’alors, possédait une admirable collection de gravures et de dessins de toute sorte; il connaissait, en outre, à merveille le fonds si considérable du cabinet des Estampes à la Bibliothèque nationale, dont il devait devenir, en 1849, le conservateur. Grâce à ses connaissances multiples et à ses recherches continuelles, il exécutait lui-même des croquis ou aidait les directeurs et les décorateurs dans la mise en scène, le choix des costumes, la disposition et l’arrangement des décors. Il avait pour le Louis XI de Casimir Delavigne puisé dans les portefeuilles de Gaignières les indications les plus précieuses sur les costumes du XVe siècle. Les décors de cette pièce étaient faits, en quelque sorte, d’après nature, puisque Ciceri et Séchan, qui en étaient chargés, avaient eu l’occasion d’exécuter, d’après des croquis faits sur place, les illustrations du château de Plessis-les-Tours et d’autres sites pittoresques pour le grand livre des Voyages dans l’ancienne France, par le baron Taylor et Charles Nodier.

On voit par quels efforts, dessinateurs, décorateurs et peintres essayaient de suivre sur la scène du Théâtre-Français les poètes et les dramaturges.

On ne recherchait pas les mêmes effets de mise en scène quand il s’agissait de comédies de moeurs de l’époque contemporaine. […]

A l’Opéra, on devait pousser les choses plus loin encore qu’à la Comédie-Française, à l’Odéon ou à la Porte-Saint-Martin.  A la représentation de la Muette d’Auber en 1828, et à celle du Guillaume Tell de Rossini en 1829, un perfectionnement était venu compléter celui qu’avait déjà apporté l’adoption du gaz comme procédé d’éclairage. Jusqu’alors les spectateurs de l’Opéra étaient condamnés à entendre sans bouger de leur place un opéra (fût-il en cinq actes) depuis le commencement jusqu’à la fin. Dans la Muette, on baissa une fois le rideau entre le quatrième et le cinquième acte. Pour Guillaume Tell on fit plus: Duponchel encouragea Cicéri à donner plus d’animation à son décor, et celui-ci, libre d’agir, établit des praticables plus mouvementés que ceux jusqu’alors en usage. Ponts sur des ravins, précipices, rochers, tempêtes sur le lac, tout réussit a souhait. Mais on dut plusieurs fois baisser le rideau, parce que le changement de décors demandait des manoeuvres qu’il eut été impossible, en raison de leur importance, d’exécuter à la vue du public. Ce premier pas fait, les auteurs et les décorateurs avaient désormais le champ libre pour préparer des décors de plantation aussi compliqués qu’ils le désiraient, puisqu’ils n’étaient plus obligés de faire les changements en un clin d’oeil.

Le docteur Véron ne manqua pas de profiter de cette innovation, et, sous sa direction, Ciceri ouvrit définitivement, avec les décors de Robert le Diable, une voie nouvelle à la peinture théâtrale, en réalisant complètement les espérances et les voeux des auteurs romantiques. Le musicien et le poète avaient d’abord voulu faire passer le troisième acte de cet opéra dans un Olympe de Fantaisie. Duponchel, l’ayant appris, fit comprendre au docteur Véron l’insignifiance d’une pareille mise en scène et lui proposa, à la place, le fameux cloître encombré de tombeaux.

Ayant obtenu l’assentiment de Meyerbeer et du docteur Véron, Duponchel envoya Ciceri à Arles, où il prit des croquis de Sainte-Trophyme, qu’il reproduisit ensuite exactement sur la scène au troisième acte de l’opéra. Lors de la représentation, les nonnes, sortant de leurs demeures souterraines sous les arceaux des voûtes fantastiquement éclairées par la lune, produisirent l’effet prodigieux que l’on sait et qui n’a pas encore été oublié. [nota: Ce clair de lune était obtenu au moyen de becs de gaz enfermés dans des boîtes accrochées dans les cintres. C’est la première fois que le gaz, déjà en usage sur la scène, était utilisé dans les combles et les coulisses]

 

Pierre-Luc-Charles Cicéri, décorations de théâtre: Robert le diable, 3e acte / composé par Cicéri / lith. par Eug. Cicéri, Ph. Benoist et Bayot. [1831] – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Représentation de Robert le diable, dess. et lith. en coul. par J. Arnout. [1831] – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Le lendemain, un journal déclarait « qu’il faisait froid sous ces voûtes inhabitées, que le cimetière sentait l’humidité, et qu’à la vue de ces lieux consacrés au silence et la mort on était profondément ému ».

Combien de fois, depuis, avons-nous entendu vanter la beauté incomparable de la scène du cloître dans Robert le Diable! Son mérite fut surtout de montrer qu’un décor doit se rapporter à la pièce de telle façon qu’il lui devienne indispensable, son aspect expliquant tout autant que le dialogue la suite des péripéties de l’action qui se déroule.

Le texte est extrait de l’ Essai sur l’histoire du théâtre : la mise en scène, le décor, le costume, l’architecture, l’éclairage, l’hygiène par Germain Bapst. 1893. – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 


 

A la première représentation, la scène des nonnes sortant de leurs tombeaux, sous les arceaux du cloître fantastiquement éclairé par la lune, produisit un effet prodigieux ; mais, en dépit des craintes de Meyerbeer, cet effet ne nuisit en rien à celui de la musique. Ce fameux décor, quel que fut son succès, a peut-être été un peu trop vanté ; il n’approche point, ni comme exécution, ni surtout comme composition, des belles décorations des Huguenots, de la Juive, de Stradella, qui, quelques années plus tard, devaient attirer plus justement l’admiration des connaisseurs. Son véritable mérite est d’avoir ouvert la voie, où nous allions nous engager, nous autres jeunes gens, avec une fougue qui ne laissa point d’effrayer, tout d’abord, notre maître.

Sous l’influence des pièces romantiques de Hugo et de Dumas, nous sentions que l’étude de la couleur locale était devenue une nécessité au théâtre, que le temps était passé de ces à-peu-près vieillis et démodés qui seuls, jusqu’alors, étaient chargés de représenter indifféremment les lieux les plus divers. On voulait, maintenant, que les personnages de chaque pièce fussent montrés avec leurs véritables costumes et dans le milieu réel où ils avaient vécu.

Peut-être, dans les premiers moments surtout, nous laissâmes-nous entraîner par un zèle quelque peu excessif dans ce mouvement de réaction contre les décors inamovibles de l’antique convention théâtrale. Le moyen âge devint pour nous la véritable école artistique ; nous en étudiâmes, avec une passion irréfléchie, les costumes, l’architecture et, jusqu’aux moindres détails du mobilier. Plusieurs oeuvres dramatiques nous fournirent l’occasion de donner des tableaux de cette époque d’une exactitude presque parfaite. Mais ce fut Othello, Marion Delorme, Henri III et sa cour qui, pour la première fois, nous permirent de transporter le spectateur au milieu même du temps où l’action se passait, et de montrer les personnages historiques encadrés dans une mise en scène absolument conforme à la réalité.

J’ai dit que notre maître Ciceri n’avait pas tardé à s’effrayer de notre audace, qui dépassait de beaucoup celle qu’il croyait avoir montrée lui-même. Aussi fûmes-nous bientôt forcés de nous séparer de lui. Nous nous réunîmes, quelques camarades d’atelier, Léon Feuchère, de Nîmes, Jules Diéterle, Despléchins et moi, et nous résolûmes de mettre en commun ce que nous avions d’intelligence, d’habileté acquise, et surtout d’ardeur juvénile, et de chercher à voler de nos propres ailes. Quant aux capitaux, à nous quatre nous n’en avions guère ; mais cela ne nous effraya point. Nous avions les quelques centaines de francs indispensables pour louer un local suffisant aux Menus-Plaisirs et payer les premières dépenses d’installation, et nous nous élançâmes gaiement dans la carrière.

Extrait de l’ouvrage Ch. Séchan, décorateur de l’Opéra – Souvenirs d’un homme de théâtre recueillis par Adolphe Badin – Paris – Calmann Lévy, éditeur – 1883 – Source Archive.org

 

 

La fille du Danube (ballet) Collette et Sanson 2e Acte – Décors de Pierre-Luc Charles Cicéri, Jules Diéterle, Léon Feuchère, Edouard Despléchin et Charles Séchan. – Paris : Théâtre de l’Opéra-Le Peletier [1836] –
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Eugène Ciceri, décorations de théâtre: La Juive (1er acte) – Composé par Feuchère, Séchan, Diéterle et Despléchin – lith. par Eug. Cicéri, Ph. Benoist et Gaildrau. [1858] – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Edouard Despléchin, Les huguenots: esquisse de décor de l’acte III . 1838 – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Gustave III ou Le bal masqué : opéra historique en cinq actes / décors de Léon Feuchère, Jules Diéterle, Alfred, Pierre-Luc Charles Cicéri, Humanité René Philastre et Charles Cambon. – Paris : Académie Royale de Musique-Le Peletier, 27-02-1833 – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Charles Polycarpe Séchan: Rideau de manoeuvre pour Stradella (?) / Charles Séchan, Léon Feuchère, Jules Dieterle et Edouard Despléchin. 1837 – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 


La biographie des peintres décorateurs du XIXe siècle qui suit est extraite de l’ Essai sur l’histoire du théâtre : la mise en scène, le décor, le costume, l’architecture, l’éclairage, l’hygiène par Germain Bapst. 1893. – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

ALAUX, peintre décorateur, né à Castres en 1783. Il fut employé avec succès aux théâtres Feydeau, de l’Opéra et de la Gaîté et même au théâtre de la cour, où, en 1812, il travaille à la décoration de l’opéra de Zaïre. Il fut un des collaborateurs de Bouton et de Daguerre dans la construction des panoramas et inventa lui-même, en 1827, un nouveau système de panorama, connu sous le nom de néorama. C’étaient des vues d’intérieur, principalement d’églises, de temples et de palais.

CAMBON Charles-Antoine, peintre décorateur, élève de Cicéri, né en 1802 a Paris. Il a exécuté de nombreux décors pour le théâtre du Cirque-Olympique, pour le Grand-Théâtre de Lyon et celui de Brest.
Associé à Philastre, il a fait avec lui les décorations de presque tous les drames, opéras et ballets joués de 185o à 1870. Il s’occupait surtout de la partie architecturale.

CARPEZAT, peintre décorateur. – Il a succédé à Cambon et a eu pour associé Lavastre jeune et pour commanditaire Lavastre aîné.
De son atelier sont sorties les décorations de presque tous les grands opéras montés ou remontés depuis trente ans. […]. Citons toutefois le deuxième acte de Robert le Diable, le premier et le quatrième acte de Don Juan, le troisième acte des Huguenots, le deuxième acte de Guillaume Tell, le premier et le troisième acte de Faust, le troisième acte de la Juive, le premier et le deuxième tableau du deuxième acte d’Hamlet, le premier acte de l’Africaine, le quatrième acte du Roi de Lahore, le troisième acte de la Muette de Portici, le quatrième acte de Polyeucte, le troisième acte de Yedda, le premier et le deuxième tableau du premier acte du Cid, le troisième acte de Roméo et Juliette, les décors d’Ascanio, le premier acte du Rêve, le quatrième acte du Mage, le premier et le troisième acte de Lohengrin, etc., etc.
En ce moment M. Carpezat travaille aux décors du deuxième acte de Thaïs dont la première représentation est annoncée à l’Opéra.

CHAPERON Philippe, peintre décorateur, élève de Ferri et associé de Rubé. Il est surtout un peintre d’architecture, et c’est à lui qu’on doit toutes les parties d’architecture des décors de Robert le Diable, Don Juan, la Favorite, les Huguenots, Guillaume Tell, Faust, Jeanne d’Arc, la Juive, Hamlet, le Prophète, l’Africaine, la Reine de Chypre, Sylvia, le Roi de Lahore, la Muette de Portici, Polyeucte, Sigurd, les Deux Pigeons, la Dame de Montsoreau, le Mage, etc., etc.

CHERET, peintre décorateur de l’Opéra. – On peut citer parmi ses décorations les plus célèbres celles du troisième acte de la Reine de Chypre, en 1841, représentant le jardin d’un casino a Nicosie, celles du deuxième acte du Roi de Lahor représentant le campement d’Alim dans le désert de Thol, et celles du premier acte du ballet de Sylvia représentant un bois sacré.
Toutes ces décorations ont figuré a l’Exposition théâtrale de 1878.

CICERI Pierre-Luc-Charles, né à Saint-Cloud en 1782, mort en 1868, peintre décorateur de la cour, de 1811 à 1813. II a fait en 1811 pour le théâtre des Tuileries l’avant-scène et le rideau du théâtre, la chambre de Molière, une chambre rustique, un jardin et une prison, et a reçu pour ces différents travaux 10 400 francs.
En 1812, il joint à ses fonctions celles de peintre du grand Opéra; il fait une prison, un temple d’Agamemnon, une place d’armes, et reçoit 17 790 francs.
En 1813, il fait un palais gothique pour le théâtre portatif des Tuileries et les décors de Paul et Virginie pour l’Opéra de Saint-Cloud.
En 1810, déjà, il avait été appelé par le roi Jérôme pour restaurer le théâtre de Cassel.
En 1826, il fut chargé de dessiner et de diriger les fêtes du sacre de Charles X.
Comme décorateur de théâtre, il a occupé le premier rang depuis la Restauration jusqu’à la fin du second Empire.
On compte plus de trois cents décorations de lui; les principales à l’Opéra sont celles d’Armide, de la Muette, de Sémiramis, de la Vestale, de Robert le Diable, de la Sirène, etc.
Il a beaucoup travaillé aussi pour les théâtres de Londres.
Eugène Ciceri, son fils, a exécuté les peintures de la salle de spectacle du Mans et a beaucoup travaillé en Amérique.
C’est aux Ciceri. qu’est dû le plafond de l’appartement d’Alexandre Dumas pour son fameux bal.

DAGUERRE, peintre d’architecture, connu surtout par la découverte qu’il fit avec Niepce des principes de la photographie.- Il était élève de Prévost, et on lui doit, ainsi qu’à son associé Bouton, l’invention du diorama.
Comme peintre décorateur de théâtre, on cite de lui les décors de l’opéra d’Aladin..
Il travailla aussi à l’Ambigu, où il peignit entre autres, dans la décoration d’une pièce dont les journaux du temps ne mentionnent pas le titre, des effets de lune et de nuages mouvants tout a fait surprenants et naturels.

DARAN, peintre décorateur. – Il a travaillé particulièrement pour le Théâtre-Français et pour l’Opéra.
On signale de lui les décors du Paris, de Meurice, en 1855, ceux du premier acte du Roi de Lahore en 1877, et, la même année, ceux du ballet la Fandango.

DEGOTTI. Il existe plusieurs peintres de ce nom, et il est difficile de les distinguer.
L’un d’eux était peintre décorateur de l’Opéra et du théâtre Feydeau.
A ce dernier théâtre il s’est particulièrement distingué dans les décors d’Alceste, d’Armide, d’Hécube, de la Dansomanie et surtout du dernier acte de Roméo et Juliette « ou il n’a jamais produit d’effet plus étonnant ».
Dans les théâtres étrangers, il a aussi laissé un souvenir: à Naples et dans le théâtre de Caserte, il avait réussi à représenter les vagues avec un effet tout particulier: « il avait peint des vagues sur de grandes toiles sous lesquelles étaient placés des ouvriers portant des leviers verticaux qu’ils présentaient en plusieurs points, en les abaissant et en les élevant successivement. D’autres ouvriers jetaient avec des pelles sur le sommet des vagues de petites boules de papier, des légumes secs, etc., qui imitaient l’écume qui se détache du sommet de la vague ».
On trouve dans l’Amateur d’autographes une lettre du poète Ducis qui lui est adressée alors qu’il était chargé de la décoration de la salle de l’Opéra, construite en 1790 par la Montansier, rue de la Loi.
Les Degotti ont été au service du duc de Savoie Charles III.

DESPLECHIN Edouard-Désiré-Joseph, peintre décorateur, né a Lille en 1802, mort a Paris en 1870. II a produit un très grand nombre de décors pour les théâtres de Paris, des départements et de l’étranger.

DEVOIR, peintre décorateur, né a Paris en 1808, mort à Lyon en 1869. – Il a travaillé pour la plupart des théâtres de Paris, presque toujours en collaboration avec Pourchet.
On cite plus particulièrement de lui:
A l’Opéra les décors du premier acte du ballet de la Tentation, représentant un ermitage chargé de roches et d’arbres vigoureux avec un lac dans le fond, d’après les dessins d’Édouard Bertin.
A la Porte-Saint-Martin, ceux de la Nonne sanglante, des Mohicans, et surtout de la Juive de Constantine, dont Théophile Gautier parle en ces termes: « La décoration du second acte est le morceau le mieux peint qui soit sorti de sa brosse; elle représente tout simplement la cour d’une maison juive à Constantine…Ce ne sont que des murailles toutes nues, plâtrées de couches de chaux qui s’exfolient, grenues, égratignées et lumineuses comme un Decamps, où s’ouvrent quelques portes vermoulues avec leurs fermetures primitives; une galerie de piliers de brique d’où pendent quelques bouts de tapis, un toit de tuiles désordonnées se découpant sur un ciel d’un bleu tranquille; un nid de cigogne sur le chapiteau d’une cheminée qu’il obstrue. En regardant ce décor,
nous avons éprouvé comme un effet de mirage, et il nous semblait encore être dans la ville d’Akhmet-Rey.
« La vue des chutes du Roummel, exécutée d’après un croquis de Daugats, est d’un bel effet; les deux gigantesques arches naturelles qui relient les deux cotés du précipice et qu’on pourrait croire faites de main d’homme tant leur courtine se dessine régulièrement, forment une belle perspective toute baignée de lumière et de vapeur; la ville, perchée sur la cime du roc comme une aire de faucon, se découpe avec fermeté sur la rougeur du matin.
« L’aspect du camp kabyle est aussi fort bien rendu; ce sont bien là les oliviers au tronc monstrueux, les caroubiers trapus, les figuiers au feuillage métallique, toute cette puissante végétation dont on croit l’Afrique dénudée. »
Au moment de sa mort, Devoir venait de recevoir une commande pour le théâtre du Caire.

DIETERLE Jean-Pierre-Michel. Nous ajoutons aux détails que nous avons donnés dans le texte et dans la liste des décorations de l’Opéra que Dieterle a fait les peintures décoratives du théâtre d’Avignon en 1869.

DRANER, un des principaux peintres décorateurs de notre époque – Il a travaillé pour tous les théâtres de France et pour un grand nombre de théâtres étrangers.
Parmi ses oeuvres, qui sont considérables, nous citerons:
A l’American Opéra de New-York, les décors d’Obéron, de Coppélia, de Tannhauser, du Corsaire, de Néron, d’Aïda;
Au théâtre de Drury-Lane, à Londres, celui de Sindbad le marin;
Au Chatelet, les décors de la Poule aux oeufs d’or, de Coco fêlé, de la Queue du chat, etc.;
A l’Eden, ceux d’Excelsior, de Sieba, de la Fille de Madame Angot, du Pied de mouton, du Mikado, etc.;
Aux Folies-Dramatiques, ceux de Chilpéric, du Petit Faust; des Petits Mousquetaires, etc.;
A la Gaité, ceux de la Chatte blanche, de Quatre-vingt-treize, du Petit Poucet, etc.
Aux Nouveautés, ceux du Jour et la nuit, de Fatinitza, du Coeur et la main, du Roi de carreau, de la Vénus d’Arles, etc.;
Aux Variétés, ceux de la Grande-Duchesse, Barbe-bleue, la Périchole, les Brigands, les Cent Vierges, le Grand Casimir, Lili, etc.;
A la Renaissance, ceux de l’Oeil crevé, de Madame le Diable, etc.;
A la Scala de Milan, ceux de Charles VI, de Pétrarque, etc., sans compter de très nombreuses décorations à l’Athénée, aux Bouffes-Parisiens, au Château-d’Eau, au théâtre Déjazet, aux Folies-Bergère, au théâtre des Galeries Saint-Hubert à Bruxelles, à l’Hippodrome, au Théâtre-Lyrique, au théâtre des Menus-Plaisirs, au Palais-Royal, à la Porte-Saint-Martin, au Vaudeville, et même au Skating de la rue Blanche et au Théâtre-Miniature.

DUMAI ou DUMEE, né dans l’Yonne en 1793 – Il servit dans les armées de Napoléon en 1813. Élève de Séchan, il fut, en même temps que peintre décorateur, un lithographe célèbre et un aquarelliste distingué.
Au point de vue théâtral, après avoir été élève à l’atelier des peintures de l’Académie royale de Musique en 1815, aux appointements de 1 5oo francs, il vint a Rouen en 183o et succéda, au théâtre des Arts, sous la direction de Dutreilly, à Philastre, avec des appointements de 3 600 francs.
Ses plus célèbres décors sont: celui du troisième acte de Fra Diavolo (6 novembre 183o), celui de l’Italienne à Alger, ceux de Zampa (novembre 1831), de Guillaume Tell (avril 1833), d’Othello, du Pré-aux-Clercs, et surtout le décor des salons de Gustave III ou le bal masqué.
Pour le Napoléon à Schoenbrünn, il avait fait, d’après des documents authentiques, la vallée de Sainte-Hélène, le petit salon où expira Napoléon Ier, et la place Vendôme le jour des funérailles.
Dans les célèbres décorations qu’il fit en 1836 pour la Juive, il se servit de nombreux croquis pris dans le vieux Rouen, et, dans le même goût, il brossa pour un drame local, la Fierté de Saint-Romain, une rue très pittoresque du quartier de la Haute-Vieille-Tour.
La plupart de ces décorations sont encore conservées au magasin du théâtre des Arts, a Rouen.
Dumée est mort en 1861.

FERRI, peintre décorateur du Théâtre-Italien et de l’Opéra. Il fit avec succès les décors de Lucie de Lammermoor en 1829, ceux de Moïse en 1832,  et au Théâtre-Italien dont il était le décorateur attitré dès 1832, ceux de la Gazza Ladra. Il a eu pour élève Chaperon. Théophile Gautier fait a maintes reprises le plus grand éloge de son talent.

FEUCHERES Louis. Nous renvoyons pour son oeuvre théâtral à notre texte. Nous ajouterons seulement que, déjà connu par les décors de  Don Juan et de la Tentation faits en collaboration avec Despléchin en 1832,  il fut chargé en 1834 de décorer l’Opéra-Comique, et qu’il eut l’idée de remplacer le papier grenat qui tapissait les loges par du papier jaune.

FONTAINE, architecte et peintre décorateur, membre de l’Institut, né à Pontoise en 1762, mort à Paris en t853 – Elève de Peyre, il débuta avec Percier dans la carrière de décorateur par l’exécution de cinq décorations historiques, pour la tragédie de Lucrèce, d’Arnault (1792), qui sauvèrent la pièce d’une chute complète.
Ce succès décida Célerier, directeur de l’Opéra sous la Convention, a offrir à Percier et Fontaine la succession de Pâris, directeur des décorations, qui venait de se retirer. C’est alors qu’ils exécutèrent les décorations des ballets de Télémaque, du Jugement de Pâris et de Psyché, etc., le camp des Horaces dans l’opéra de Porta et Guillard, etc.

GABIN, peintre décorateur. Il a toujours travaillé en collaboration avec M. Duvignaud.
On leur doit la restitution du Mystère de Valenciennes, maquette qui a figuré à l’Exposition de 1878 et. que possède actuellement la bibliothèque de l’Opéra. Ils ont aussi exécuté les maquettes suivantes, qui ont figuré également à l’Exposition de 1878:
THEATRE DE L’HOTEL DE BOURGOGNE, 1619: La Folie de Clidamant (Hardy); 1631: l’Hypocondriaque ou le mort amoureux (Rotrou); 1636: l’Illusion comique (Corneille); 1636: Lysandre et Caliste (du Ryer).
SALI.E DU PETIT-BOURBON, 1645: La Finta pazza (Strozzi); 1676, Atys (Quinault et Lulli); 1678: Psyché (Corneille et Lulli); 1686, Armide (Quinault et Lulli).
THEATRE DE LA RUE MAZARINE, 1685: Psyché (Corneille, Molière, Quinault).
THEATRE DE LA REPUBLIQUE ET DES ARTS, an VIII: Hécube (Milcent et Fontenelle).
C’est pour le Théâtre-Français particulièrement que MM. Gabin et Duvignaud ont exécuté des décorations. Les plus célèbres sont celles de Chatterton et du deuxième acte de l’Ami Fritz.
Il faut mentionner dans l’oeuvre de MM. Gabin et Duvignaud les dioramas du pavillon des Eaux et Forêts, a l’Exposition de 1880.
Cette année (1892), M. Gabin a exécuté les décors de la Revue des Variétés.

GUÉ, peintre décorateur du Théâtre-Français. Il a fait, pour l’Othello d’Alfred de Vigny, une galerie de tableaux réels.
Parmi les tableaux qui furent détruits dans le sac des résidences royales se trouvaient plusieurs tableaux de ce peintre. Deux représentaient un village en Auvergne, un autre une vue du Puy-de-Dôme, un quatrième un ancien presbytère à Bordeaux. Il y avait aussi une gouache figurant un pont dans un paysage.
On signale de lui au théâtre de la Gaité les décors de deux féeries, l’Ondine et le Pied de mouton, qui eurent un succès considérable.

GARDY, peintre décorateur, associé d’AmabIe. Il travaillé aux mêmes décorations que lui. Nous renvoyons donc comme pour lui a la liste des décorations de l’Opéra. Nous ajouterons toutefois qu’une de leurs dernières oeuvres est le très remarquable décor du deuxième acte de Lohengrin.

ISABEY Jean-Baptiste, né a Nancy en 1770, élève de David et maitre et beau-père de Ciceri – Nommé dessinateur du cabinet de l’Empereur en 1804, il fut le décorateur en chef de l’Opéra jusqu’en 18o5. Toutes les maquettes de décors dans cette période sont de lui: tous les autres artistes ont travaillé sous ses ordres. Lui-même ne faisait qu’a la sépia les maquettes des décors, et c’était un peintre aujourd’hui inconnu, nommé Thierry (ni Joseph; ni Edouard), qui en dessinait l’architecture: il y mettait le pittoresque, les détails et les personnages.
Les Archives nationales renferment quelques pièces relatives aux travaux qu’il fit pour les théâtres de la cour jusqu’en 1811. Ce sont entre autres celles qui concernent les maquettes de Pygmalion, de la Vierge du soleil et des Bacchantes.

JAMBON Marcel, peintre décorateur. Autrefois associé de Rubé et Chaperon; il s’est séparé d’eux en 1888 et possède aujourd’hui un des plus importants ateliers de peinture décorative, d’où sortent des oeuvres destinées à tous les théâtres de Paris. Ses plus belles productions sont ses peintures de l’Opéra, que nous avons énumérées plus loin, mais parmi lesquelles nous citerons particulièrement la terrasse du burg de Gunther dans Sigurd, le troisième acte du Cid, le cinquième acte de Roméo et Juliette et le deuxième acte de la Walkyrie.
C’est a M. Jambon qu’ont été confiés les décors du premier et du troisième acte de Thaïs, actuellement en cours d’exécution.

LAVASTRE Jean Baptiste.  Peintre décorateur, né à Nîmes en 1834, mort a Paris en 1891 – Elève de Despléchin, chez lequel il était entré à l’âge de vingt ans, il s’associa bientôt avec lui, et composa avec lui les décors d’Hamlet, de Don Juan,  du premier acte du ballet de Gisèle, le tableau du mancenillier de l’Africaine, la Muette, Herculanum, Roland à Roncevaux pour l’ancien Opéra de la rue Le Peletier. Presque tous ces décors périrent dans l’incendie de 1873. Il les reconstitua en majeure partie à lui seul et montra dans cette tache une grande souplesse d’imagination.
Pour le nouvel Opéra, il composa le palais d’Indra du Roi de Lahore, le deuxième et le quatrième acte de Sapho, la Memphis d’ Aïda, le quatrième acte de Patrie, le second acte du Tribut de Zamora, l’Alhambra du Cid, Le cinquième acte de Polyeucte,  les Arènes de Nîmes de la Farandole, le premier acte de Sigurd, etc.
Avec Carpezat, qu’il s’était adjoint depuis longtemps, il fit le tableau de l’hôtel de Nesle et la fête a Fontainebleau de l’opéra d’ Ascanio, le palais et t’incendie du Mage, les décors du Rêve et de la Tempête, et le premier et le troisième acte de Lokengrin.
Il avait fait également pour l’Opéra-Comique un certain nombre de décors, parmi lesquels la Nuit de Cléopâtre, ceux de Manon et ceux de Lakmé.
La Comédie-Française lui doit les décors de Ruy-Blas, d’Hamlet, du Roi s’amuse, de Thermidor.
En dehors de la décoration scénique, Lavastre est également l’auteur du plafond de la Porte-Saint-Martin, de celui de l’Opéra-Comique (incendié en 1887), des deux rideaux du théâtre de Rouen et de la décoration du Dôme central à l’Exposition universelle de 1889.
C’était un artiste éminent dans son genre.

MATHIS et DESROCHES, peintres décorateurs de la cour et de l’Opéra.
Mathis était élève de Brunetti au moment de la mort de ce dernier.
Parmi les principales décorations qu’ils firent pour la cour, on cite en 1810, pour le théâtre des Tuileries, la décoration de l’Atelier de Pygmalion; celle du ballet de Vertumne et Pomone, consistant en un bosquet avec une grotte, des statues, des vases, des jets d’eau dans.les bosquets; celle des Horaces, consistant dans la représentation du Forum, de portiques, de temples, de fontaines, de palais d’ordre corinthien, -ionique et dorique, de groupes de chevaux, de chars, etc. En 1811, ils retouchent le salon de Molière pour le théâtre portatif des Tuileries.
A l’Opéra, on signale le décor d’Eléonora, ou l’amour conjugal, consistant en un intérieur de cour de prison, une grille en fer, une rampe d’escalier de tour, des pierres entassées…; le décor de Cléopâtre, consistant en une tour de palais avec figures supportant une barrière, dans le fond un grand escalier à figures symboliques, le vestibule de l’appartement de la Reine et le temple d’Isis.

MOYNET Jean-Pierre, peintre décorateur né a Paris en 1819, élève de Coignet. C’est avec Bouton, le peintre de panoramas, et Gué, le décorateur de l’Opéra, qu’il apprit la peinture des décors de théâtre. Il fit ses débuts dans cet art au théâtre de Versailles, en 1849. Bientôt après, présenté par Mme Allan, du Théâtre- Français a Alexandre Dumas père, il travailla pour le Théâtre-Historique. Quand le Théâtre-Lyrique succéda au Théâtre-Historique, il resta attaché à cette scène, pour laquelle il fit une partie des décors de Si j’étais roi, des Dragons de Villars, etc., etc.
En même temps il travaillait pour les théâtres du boulevard du Temple, entre autres pour les Funambules, pour l’Ambigu, ou il peignit une partie des décors du Paris de Paul Meurice et de l’Orestie de Dumas père, et pour le Cirque Olympique. Vers 1858, après un voyage infructueux fait avec Dumas en Russie, Moynet entre à l’Opéra-Comique, dont il demeure le peintre attitré pendant sept ou huit ans. Dans cette période, il travailla aux décors de toutes les pièces représentées. Parmi ceux qui laissèrent un souvenir plus précis, on peut citer le premier acte de la Circassiennc, représentant un intérieur de poste cosaque, le deuxième acte de Lalla-Rouck, représentant un grand décor d’architecture. Vers 1868, Moynet abandonna la décoration théâtrale, qui ne l’avait pas enrichi, et se consacra entièrement a la décoration des intérieurs et à l’illustration des livres. Il est mort a Paris en juin 1876, laissant la réputation d’un peintre d’architecture très habile, très consciencieux, dont aucune des oeuvres n’a manqué de l’estimable appréciation qu’elle méritait.

NEUVILLE Alphonse de. Nous n’avons pas besoin de faire connaître ici le talent de ce peintre remarquable. Nous nous bornerons à rappeler qu’il fit pour l’Opéra le décor de la chasse infernale du Freischütz, dont la maquette est conservée aux archives de l’Opéra.

NEZEL, auteur des décors de Michel Strogoff, 1873.

NOLAU Joseph, peintre décorateur et archéologue, né a Paris en 1808. Devenu le gendre de Ciceri, il s’adonna aux mêmes travaux que son beau-père et travailla avec lui a des décors d’opéra. Deux toiles de fond qu’il exécuta seul avec grand succès le firent nommer en 185o décorateur en chef de l’Opéra-Comique. On peut citer de lui à ce théâtre particulièrement les décors de Joseph, de la Fée aux roses et de Psyché.

PHILASTRE Humanité René, peintre décorateur, né a Bordeaux en l’an III. Nous ajouterons à ce que nous avons dit de lui dans notre texte et dans la liste des décorations de l’Opéra, qu’il fut chargé de la restauration du théâtre de Brest, et qu’il a exécuté des décors pour les théâtres de Lille, Douai, Lyon et Dijon.

POISSON, un des principaux peintres décorateurs de ce siècle. Il a travaillé pour l’Opéra et pour les théâtres du boulevard. Entre autres oeuvres de lui, on signale le décor du premier acte et du deuxième tableau du cinquième acte de Patrie, le deuxième et le troisième tableau du second acte de la Dame de Monsoreau  et le troisième acte de Roméo et Juliette.

ROBECCHI, peintre décorateur italien. – Il a surtout travaillé pour l’Eden-Théâtre, où il a mis en honneur le décor aux couleurs vives et criardes. A l’Opéra, il a eu pour collaborateur Amable, avec lequel il a fait les décors du second acte du Cid et ceux du second acte et du premier tableau du cinquième acte de Patrie.

ROQUEPLAN Camille, peintre, né en 1802, mort en 1855. – Elève de Pujol et de Gros, il débuta au Salon de 1822 avec un soleil couchant et fut décoré de la Légion d’honneur en 1831. En 1832, il peignit en quelques jours le beau décor du troisième acte du ballet de la Tentation, à l’Opéra.

RUBÉ Auguste. Nous ne pouvons rien ajouter a ce que nous avons dit dans notre texte sur ce maître de la décoration moderne.

SECHAN Charles, né a Paris en 18o3, mort en 1874, élève de Lefèvre et de Ciceri – Il a occupé une place prépondérante dans l’art de la décoration théâtrale.
Nous avons apprécié son oeuvre et son talent dans le cours de cet ouvrage. Nous rappelons simplement comme mémoire qu’il a fait les principales décorations des grands opéras du siècle: la Juive, les Huguenots, la Favorite, Charles VI, le Prophète, etc., celles des grandes pièces du Théâtre-Français: Chatterton, Don Juan d’Autriche, les Enfants d’Edouard, Bertrand et Raton, Henri III et sa cour,  de la Porte-Saint-Martin: Richard d’Arlington, Marino Faliero, les Malcontents, la Reine Margot, le Chevalier de Maison-Rouge, Monte-Cristo.

Séchan a restauré les salles de l’Odéon, de l’Opéra-Comique, des Variétés, les théâtres de Lille, de Versailles, de Charlevillc, de Saint-Quentin, de Calais, de Douai, de Moulins, d’Avignon, de la Monnaie, à Bruxelles, le Théâtre Royal de Dresde et celui de Constantinople.

THIERRY Joseph, peintre décorateur; né à Paris le 11 mars 1812. Il a étudié la peinture dans l’atelier de Gros et a débuté au Salon de 1833 par une vue du Pont-Saint-Michel à Paris, en 1780. Il s’essaya dans la décoration théâtrale, qu’il avait apprise chez Philastre, en 1846, en travaillant aux décorations du Cheval du Diable pour le Cirque-Olympique et a celles de l’Ame en peine à l’Opéra. Associé avec Cambon, il a exécuté depuis et jusqu’au moment de sa mort, en 1866, presque tous les décors de l’Opéra, dont nous avons donné la liste, ceux de l’Opéra-Comique, du Théâtre-Lyrique, du Théâtre-Français et de la Porte-Saint-Martin.
C’est le maître de la décoration moderne, le premier et le plus universel des décorateurs du XIXe siècle