Surréalités - Une dimension supplémentaire

Les décors d’un théâtre stéréoscopique

Après une première publication consacrée aux maquettes réalisées par les maîtres de la décoration théâtrale du XIXe (Les maquettes de décors: L’illusion modélisée), nous revenons sur ce thème avec l’objectif d’enrichir notre modèle de « théâtre stéréoscopique » (Un théâtre de papier stéréoscopique). Les photographies des maquettes présentées par la Bibliothèque nationale de France à travers Gallica révèlent certaines techniques utilisées par ces virtuoses de la perspective théâtrale.

L’objet de cette page, à travers une sélection de modèles,  est d’étudier ces décors pour en retenir des éléments potentiellement compatibles avec notre projet.

Nous avons choisi d’exploiter une plantation classique, dite à l’italienne, en utilisant exclusivement des éléments de décors plans (à la manière des châssis peints traditionnels), excluant toute construction en volume.

L’anaglyphe, qui est le format que nous allons utiliser pour « peindre » les éléments de décor, impose que ces derniers soient positionnés frontalement par rapport à l’observateur. Cette contrainte écarte donc les éléments de décor obliques. Les plans brisés pourront cependant être exploités dans certaines conditions.

 

La première maquette que nous avons retenue a été réalisée par Charles Cambon, Antoine Lavastre et Eugène Carpezat pour l’acte IV, tableau 3 de Jeanne d’Arc

 

Jeanne d’Arc – maquette construite de l’acte IV, tableau 3 par Charles Cambon, Antoine Lavastre et Eugène Carpezat
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

L’un des éléments remarquables de ce décor est la ferme au premier plan qui s’étend sur toute la largeur et la hauteur de la scène. L’image ci-dessous est l’une des vues de la maquette que nous avons retravaillée pour isoler cet élément de décor. C’est l’art des peintres, par un effet de trompe l’oeil, qui donne à  cette structure, pourtant parfaitement plane, l’illusion de volume.

 

 

L’image qui suit est un anaglyphe qui présente une esquisse de conversion 3D destinée à donner une idée de l’intégration d’un élément de ce type dans l’une de nos maquettes. Le montage stéréoscopique est effectué selon la méthode présentée à la page Un théâtre de papier stéréoscopique.

 

 

 


 

Nous précisions en haut de cette page l’incompatibilité des éléments de décors obliques dans notre modèle stéréoscopique. La maquette qui suit, et que nous devons à Charles Cambon pour l’acte I, tableau 1 de Don Juan,  présente une manière de contourner cette impossibilité.

 

Don Juan – maquette construite de l’acte I, tableau 1 par Charles Cambon
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Les châssis peints qui représentent les habitations positionnées dans les premiers plans sont des projections en perspective de constructions disposées obliquement par rapport au point de vue. La photographie qui suit, elle aussi retouchée par nos soins,  démontre sans ambiguïté l’orientation frontale de ces éléments sur la scène.

 

 

 

Ce subterfuge, adapté à notre modèle,  permet d’intégrer de nouveaux éléments architecturaux sous une forme compatible, ainsi que le démontre le nouvel anaglyphe qui suit.

 

 

 


 

Les châssis brisés qui présentent deux ou trois plans articulés dont l’un est disposé frontalement pourraient également être exploités dans certaines conditions dans notre modèle stéréoscopique. La maquette qui suit, réalisée en 1863 par Edouard Despléchin pour l’acte IV de Moïse (le passage de la Mer Rouge), présente un exemple de ce type d’élément. Les parties obliques ont ici pour objectif de masquer les coulisses.

 

 

Moïse – Acte IV, Passage de la Mer Rouge. Maquette de décor en volume par Edouard Despléchin [1863]
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 

 

 

Le traitement d’un anaglyphe sur une  surface pliée a été expérimenté dans une publication précédente: Anamorphose et Phantogram.